Ils se reconnaissent à leur art de ne jamais rien donner. Pas un geste, pas un sourire sincère, pas une attention, pas même l’effort d’être présents. Ils économisent l’affection comme d’autres économisent l’électricité. On aurait tort de croire que l’argent est au centre de leur misère : ce n’est qu’un symptôme parmi d’autres. Leur véritable pauvreté est celle du cœur, du courage et de la loyauté.

Encore plus pernicieux : ils ont appris à se maquiller. Depuis quelques années, ils se drapent dans de nobles causes — écologie, sobriété, minimalisme, décroissance — qui, dans leur bouche, ne sont ni convictions ni engagements, mais simples prétextes. Grâce à ces beaux concepts, ils peuvent gratter, prendre, exiger, profiter, tout en gardant intacte leur bonne conscience. Ils ont trouvé l’excuse parfaite : faire passer la radinerie pour vertu.

Et lorsqu’on les met face à eux-mêmes, ils savent basculer dans le registre victimaire. Ah, les pauvres ! Mal compris, hypersensibles, trop délicats pour supporter la brutalité du monde. L’acteur est rompu au rôle : plus ils donnent peu, plus ils jouent la tragédie de ceux à qui l’on doit tout. Ils se plaignent d’être bousculés, délaissés, incompris — oubliant qu’ils sont rarement ceux qui portent, mais toujours ceux qui pèsent.

La vérité, c’est que personne n’a envie de fréquenter ces clochards sentimentaux. Pas même leurs semblables. Car leur logique est implacablement comptable : ils prennent en masse, donnent en miettes, et s’étonnent ensuite que les gens désertent. La vie, pourtant, n’a pas besoin de grands discours pour faire justice. Les relations se règlent comme un mécanisme discret : un jour, on cesse d’alimenter les ventouses émotionnelles. On ferme la porte. On protège sa lumière.

Et eux, inévitablement, se retrouvent dans le seul monde qui correspond à leur niveau d’investissement : la solitude. Non pas comme une tragédie cosmique, mais comme un simple retour à l’expéditeur. Car celui qui ne donne rien finit par n’avoir plus personne.

Et c’est bien fait.

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